🛰️ Existe-t-il une alternative européenne à Starlink pour les entreprises ?
- Napsis Provence

- il y a 5 jours
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Depuis quelques années, Starlink s’est imposé comme la référence mondiale de l’Internet par satellite en orbite basse. Sa couverture et ses performances ont largement contribué à remettre le satellite au centre des discussions, y compris dans le monde de l’entreprise.
En Europe, une question revient de plus en plus souvent chez les dirigeants et responsables IT : existe-t-il une alternative européenne crédible à Starlink ?
Avec Eutelsat et sa constellation OneWeb, l’Europe dispose d’acteurs solides. Mais pour répondre sérieusement à cette question, il faut dépasser les comparaisons simplistes et analyser les usages réels, les choix techniques et les modèles économiques.
1. Starlink et OneWeb : deux constellations LEO, deux visions du marché
Starlink et OneWeb opèrent toutes deux en orbite basse (LEO), ce qui permet de réduire drastiquement la latence par rapport aux anciens satellites géostationnaires .Pour autant, leurs stratégies sont très différentes.
Starlink a fait le choix d’un déploiement massif avec plusieurs milliers de satellites, visant en priorité un accès Internet direct à grande échelle, notamment pour le grand public, la mobilité et certains usages professionnels.
OneWeb, intégré à Eutelsat, suit une logique plus proche du monde télécom traditionnel. Son objectif n’est pas de connecter des millions d’utilisateurs finaux en direct, mais de fournir une connectivité satellitaire via des opérateurs, des intégrateurs et des partenaires, principalement pour des usages B2B, institutionnels et critiques.
2. Orbite basse et orbite géostationnaire : pourquoi le LEO change la donne
Pendant longtemps, l’Internet par satellite souffrait d’un handicap majeur : la latence. Les satellites géostationnaires, situés à 36 000 km de la Terre, induisent des temps de réponse élevés, peu compatibles avec des usages modernes comme la visioconférence, le cloud ou les VPN.
Les constellations en orbite basse, situées entre 500 et 1 200 km, réduisent considérablement cette distance. Résultat : une expérience bien plus proche de celle d’un accès terrestre, rendant enfin le satellite exploitable pour des usages professionnels.
3. Couverture et capacité : la confusion la plus fréquente
Un point essentiel est souvent oublié dans les comparaisons : la différence entre couverture et capacité.
Une orbite plus haute, comme celle de OneWeb (environ 1 200 km), permet à chaque satellite de couvrir une zone plus large au sol. Cela explique pourquoi une constellation de quelques centaines de satellites peut suffire pour assurer une couverture mondiale.
À l’inverse, Starlink déploie des milliers de satellites non pas uniquement pour couvrir la planète, mais pour augmenter la capacité totale du réseau. Plus de satellites signifie plus de faisceaux, plus de réutilisation de fréquences et donc plus d’utilisateurs servis simultanément, notamment dans les zones denses.
4. Altitude des satellites et (réel) impact sur la latence
L’altitude joue bien un rôle sur la latence, mais dans des proportions souvent exagérées. Un satellite à 550 km aura mécaniquement une latence légèrement inférieure à un satellite à 1 200 km. Dans les faits, l’écart de propagation pure se mesure en quelques millisecondes.
Ce qui fait réellement la différence, c’est l’architecture réseau globale : stations au sol, points d’interconnexion, routage du trafic. Deux connexions satellitaires utilisant la même orbite peuvent offrir des performances très différentes selon leur intégration réseau.

5. La latence réelle vécue par les entreprises
Pour une entreprise, la question n’est pas la latence théorique, mais la latence ressentie au quotidien. Dans la pratique, Starlink affiche souvent des latences très basses, parfois comparables à certaines connexions terrestres. OneWeb présente des latences généralement un peu plus élevées, mais restant largement compatibles avec la majorité des usages professionnels : messagerie, outils cloud, VPN, visioconférence ou téléphonie IP.
Pour une PME, une latence inférieure à 100 ms reste parfaitement exploitable dans la majorité des cas.
6. Pourquoi OneWeb ne cherche pas à copier Starlink
OneWeb ne joue pas le même match. Son modèle repose sur des offres indirectes, souvent intégrées dans des solutions globales proposées par des opérateurs ou des intégrateurs télécoms.
Cela permet de proposer des services adaptés aux besoins spécifiques des entreprises : engagements de service, sécurité, supervision, intégration avec des réseaux existants. Là où Starlink mise sur la simplicité et le volume, OneWeb privilégie la personnalisation et la stabilité contractuelle.
7. La souveraineté numérique, un critère de plus en plus présent
Un autre élément différenciant est la question de la souveraineté. Le soutien des États européens et les projets comme IRIS montrent une volonté claire de réduire la dépendance à des infrastructures extra-européennes pour des services critiques.
Pour certaines organisations et entreprises, notamment dans des secteurs sensibles, cet aspect devient un critère de décision à part entière, au-delà des seules performances techniques.
8. Et pour une PME, concrètement ?
👉 Pour une PME, le satellite n’est pas destiné à remplacer systématiquement la fibre ou les accès terrestres.En revanche, il prend tout son sens comme lien de secours, pour des sites isolés, temporaires ou difficiles à raccorder, ou encore pour renforcer une stratégie de continuité d’activité.
Intégré dans une architecture multi-liens (fibre, 4G/5G, satellite), il devient un véritable outil de résilience plutôt qu’une solution miracle.
En conclusion – Une alternative européenne, oui… mais pour quels usages ?
La question n’est donc pas de savoir s’il existe une copie européenne de Starlink. Sur ce point, la réponse est claire : OneWeb et Eutelsat ne cherchent pas à reproduire le même modèle.
En revanche, il existe bien une alternative européenne crédible à Starlink pour les entreprises, à condition de ne pas raisonner uniquement en nombre de satellites ou en performances brutes. L’approche d’Eutelsat et OneWeb privilégie des usages B2B, des services intégrés, des partenariats télécoms et, de plus en plus, des enjeux de souveraineté et de résilience des infrastructures.
Pour une PME, le satellite — qu’il soit européen ou non — n’est ni une solution universelle ni un remplacement automatique de la fibre. Il devient pertinent lorsqu’il est intégré intelligemment dans une architecture globale, comme lien de secours, solution pour sites isolés ou composant d’une stratégie de continuité d’activité.




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